Un après-midi avec Cheikha

(Lu en 5 minutes)
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Par Aïe-Chat Catégories: Mode
Le 06 novembre 2018 Rubrique: Art

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C’est dans une royale « Térang’art », que nous avons été accueillies par Cheikhacréateur de la marque Sigil ( « Relève la tête ») et son équipe. Vous comprendrez par Térang’art, la traditionnelle et merveilleuse téranga sénégalaise, dans un environnement artistique des plus agréables (son atelier-boutique à la Sicap Rue 10).

Un délicieux plat de Ceebu jeun nous attendait gentiment (Grrrrr mais pourquoi j’ai mangé des nems avant de venir ??!), de même qu’un Cheikha à l'allure un peu timide, mais qui au bout que quelques minutes de discussion, s’avère être un  volcan en ébullition. Ebullition d’idées, de créativité, de passion pour son art. Ecouter Cheikha parler, c’est comme voir un film qui vous captive, on n’arrive pas à décrocher. IL est passionné et passionnant. La discussion a duré beaucoup plus longtemps que prévu. Nous vous la livrons donc en deux (2) parties. Découvrez aujourd’hui Cheikha, sa marque, son parcours, sa vision de la mode. Vous aurez la deuxième partie dans les jours à venir, avec notamment Cheikha et la Culture (Le cinéma, le théâtre, la lecture, les sorties etc.…)

 

AgenDakar : Cheikha quel est le concept de Sigil ? 

Cheikha : C’est la conscience, la fierté. C’est relever la tête et avoir conscience qu’il ne faut pas attendre demain pour faire ce qu’il y a à faire. Le groupe "Daara-J Family" traduit parfaitement ce message musicalement dans « Tomorrow ». Moi je le traduis via la mode. Le titre "Tomorow" cherche à motiver les jeunes, les pousser à travailler. Pour moi, ça c’est l’hymne de la jeunesse. C’est un message que tout le monde doit écouter. Ce qui retarde le plus les jeunes de nos jours, c’est d’être là à attendre sans trop savoir quoi...

AgenDakar : Depuis quand êtes vous dans la mode ?

Cheikha : Je suis dans le monde de la mode depuis que j’ai  9 ans. Mais je ne voyais pas ça comme mon futur métier. Je l’ai longtemps fait juste pour le "kiff". L’histoire m’a rattrapé après. Ce que je comptais faire vraiment comme métier, c’était "Designer".

AgenDakar : 9 ans ? Qu’est ce qui vous a poussé dans le monde de la mode dès l’âge de  9 ans ?

Cheikha : C’est l’histoire. J’avais des rêves…. Officiellement, je suis dans la mode depuis 2003- 2004 mais je fréquente ce monde depuis tout petit. Celui qui m’a le plus inspiré et poussé à faire ça, c’est Lamine Kouyaté de Xuly Bët . Quand je suis allé à Paris, je l’ai fréquenté. J’allais dans ses ateliers et c’est là que j’ai décidé d’en faire une profession.

AgenDakar: Vous avez bien fait un stage chez Xuly Bët ?

Cheikha : Oui. Et j’ai eu l’avantage d’avoir le coup d’œil très vite. Je pouvais décrire en détail le style de chaque professionnel de la mode. C’est ce qui a fait aussi la différence quand je suis arrivé dans le milieu professionnel. Personne ne pouvait dire que mon style ressemblait à celui d’un autre. En fait quand j’ai présenté ma première collection à Paris, tout le monde trouvait que cela rassemblait à Xuly Bët. J’ai décidé que cela n’arriverait plus. A partir de là, j’ai commencé à m’orienter vers une ligne me représentant typiquement. C’était ça mon premier engagement. Je voulais que mon style ne rappelle celui de personne d’autre que moi.

AgenDakar : Et pourquoi avez-vous choisi le Jean ? 

Cheikha : J’ai choisi le jean pour son universalité. Je ne me donne pas de limites en me représentant en tant que sénégalais ou en tant qu’africain. Il me fallait une matière universelle, comme une langue que tout le monde peut comprendre. Il y a ensuite la disponibilité du tissu et son accessibilité. C’est un tissu qui n’est pas cher. Mes objectifs par rapport au jean, c’est de donner un message qui vient du ghetto.

Et puis tout le monde a revisité le jean, mais personne en Afrique ne l’a fait  sérieusement. Pourtant les grands couturiers européens comme Christian Lacroix ont revisité les tissus africains comme le wax avec un succès fou. Mais nous, nous n’avons pas su revisiter les tissus dits européens. Nous nous sommes trop limités. On se sent obligé de travailler sur des tissus africains tels que le bogolan, le pagne, le wax.

Une anecdote drôle: La première fois que j’ai participé à un concours de mode sur le thème de l’Afrique, j’ai été renvoyé. Il trouvait mon style beaucoup trop européen. Ils m’ont dit « Où est l’africanité dans ce que tu fais ?»

AgenDakar : Il n’y avait que du jean ?

Cheikha : Que du jean !  Et quand je suis revenu la deuxième fois, j’ai encore amené le jean ! Pour moi dans des concours de ce genre , il faut donner une orientation à la jeunesse africaine. A mon avis quand tu réunis les dix (10) meilleurs en Afrique, je pense qu’il faut leur donner un tempo, une orientation. L'orientation  idéale à mes yeux c’est de voir quelque chose qui n’a pas encore été fait en Afrique, et leur demander de le réaliser.

Ce qui nous manque en Afrique, par rapport à notre créativité, c’est qu’elle ne nous fait pas vendre. A mon avis, la créativité a beau être présente, le talent a beau être là, tant que tu ne réussis pas à le traduire en un outil universel, qui peut intéresser tout le monde, ça ne suffit pas. Vendre le pagne, le bogolan le wax  seulement en Afrique, ne suffit pas.  Il faut aussi pouvoir les vendre ailleurs. 

AgenDakar : Quelle est votre vision de la mode au Sénégal ?

Cheikha : J’ai l’impression qu’au Sénégal aujourd’hui, la mode tourne autour du spectacle, et pas de l’économie. Moi je milite pour que la mode participe à l’économie. On parle de l’industrie culturelle. Comment faire aujourd’hui pour que notre mode soit une industrie et qu’elle fasse travailler et vivre les gens ? Que ce soit une chaine avec une bonne organisation. Pour moi tant qu’on n’a pas cela, la mode n’aura pas atteint ses vrais objectifs.

Aujourd’hui il n’y a pas de salons, d’expos, il n y a pas de suivi pour la mode africaine, on nous parle encore de défilés qui durent quelques heures et puis c’est fini.

AgenDakar : Mais pourquoi vous n’organisez pas vous-même ? Vous avez les idées, pourquoi ne les appliquez vous pas ?

Cheikha : Je ne peux pas, parce que je crois que chacun à son rôle dans la chaîne. Moi ce n’est pas cela mon rôle je donne juste mes idées. C’est à ceux qui doivent organiser de faire ça mais les gens ne voient que l’idée de faire la fête autour de la mode. La mode, ce n’est pas que de l’événementiel. Il faut que nous fassions quelque chose sinon ce qui est arrivé au cinéma au Sénégal  va nous arriver. Le continent africain n’a pas encore pris sa vraie place dans la mode.

Propos recueillis par  Mya et Aisha

 

 

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