Blogguers sénégalais Part 3 Wa Mbedmi

(Lu en 8 minutes)
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Par Laure Malécot Catégories: Les Blogueurs
Le 21 juillet 2016 Rubrique: Blog

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Wa Mbedmi, à l’état civil El hadj Abdoulaye Seck, est de son propre aveu « un pur produit du système éducatif sénégalais », munit d’une formation de juriste et d’une spécialisation en droit international des droits de l’homme à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Son blog engagé nous a été recommandé par NK, rencontrée précédemment.

(http://www.wambedmi.com/)

Pourquoi Wa Mbedmi ?

Parce que dans notre vie sociale, le Mbed est l’espace commun par excellence. Nous avons tous nos espaces privés, nos éducations, styles et objectifs de vie et le Mbed est ce lieu commun de retrouvailles. Pour parler de façon imagée, je dirais que le mbed est à l’image du  salon sénégalais où l’on retrouve le téléviseur, le ventilateur, le wifi, la photo du marabout, le ande thiouraye, le pot de fleur et des rideaux assortis à l’ensemble; chaque chose à sa place ou là où elle peut être.  En évoquant, Wa Mbedmi, celles et ceux de la rue donc, j’ai en vue cette interaction, ces interrelations que des humains, des animaux et des machines entretiennent, dans la méfiance et la peur de l’autre ou dans une parfaite symbiose où chaque élément se voit comme une partie d’un l’ensemble. Dans ce jeu de rôle, certains se comportent dans l’espace public comme chez eux alors que d’autres y voient juste un ailleurs. Selon que l’on est dans une approche ou dans une autre, on y a un comportement différent.  Le blog est compartimenté en RUES, toujours dans l’esprit du Mbed et chaque numéro correspond à un sujet. Certaines rues sont communicantes à d’autres d’où les renvois que vous voyez dans certains articles. Il peut arriver que dans un souci de bon voisinage, on ait un ensemble de rues qui traitent d’un commun vouloir de vie commune (moyens de transport, métiers dans la rue, blogging, institutions, etc.)

Pourquoi as-tu décidé de faire un blog ? (depuis quand, quelles ont été tes motivations premières)

A partir de 2008, je voyageais beaucoup dans le cadre de mes activités professionnelles et mon passe temps favori était d’admirer les formes que pouvaient prendre le tronc ou les branches de certains arbres. Chercher ces différences d’un arbre à l’autre et les capturer dans un appareil photo rendait moins douloureux les longs kilomètres à parcourir. J’avais donc ouvert un blog d’images, aujourd’hui abandonné. J’ai recommencé à bloguer, en écriture cette fois-ci lorsque Libasse et Abdoulaye m’ont convié à un atelier organisé par l’Institut Panos et Osiwa avec Ibrahima Lissa Faye et Mountaga Cissé comme formateurs. On m’avait offert une tablette que j’ai égarée dans un taxi alors que j’étais allé prendre une image d’un pan du mur de l’Ucad que je trouvais assez mal « décorée » par des résidus d’affiches. Je devais cependant donner vie aux enseignements reçus, d’autant plus que j’éprouvais ce besoin de partager. J’ai eu la formidable chance d’avoir été à l’école jusqu’à obtenir un diplôme universitaire. J’ai encore aujourd’hui la chance de côtoyer certaines personnes ou d’accéder à certaines informations qui me permettent de comprendre certaines choses. J’estime devoir les partager avec mes concitoyens. J’ai encore en tête une réflexion du blogueur Charles Sanches qui disait, je cite de mémoire : « Nioune dagniy wakhal niénéne, yéneu sayi sakh niou wakhal souniou bop. Bousi kéneu guissé ndieurign niou santé ko Yallah »

Comment peux-tu définir la "ligne éditoriale" de ton blog ?

L’essentiel de mes publications tourne autour de l’exercice de la citoyenneté. Pour moi, être un citoyen, c’est entrer dans cette démarche de comprendre le fonctionnement de son pays, de se forger sa propre opinion, d’interpeller au besoin les autorités par le biais de mécanismes existants et de sanctionner, par Oui ou Non, à l’occasion de joutes électorales. Si de par mes écrits, je parviens à faire connaitre des institutions, des initiatives ou des personnes et que cela contribue à atteindre les objectifs énoncés plus haut, j’aurais exercé ma citoyenneté et suggéré à d’autres d’agir dans cette voie.    

Quels sont les genres de réactions, commentaires, que tu reçois ?

Je lis beaucoup de « Merci El hadj Abdoulaye pour cet article.» en début de commentaires sur le blog. Peut être qu’il s’agit de gens satisfaits de ce que je leur ai appris ou rappelé. Je rencontre également en certaines occasions des lecteurs qui disent apprécier ce que je fais.  Certaines matinées, il arrive que tu reçoives une réaction qui rafraichit la journée. J’ai reçu ce 18 juillet 2016 un email qui disait ceci: « Mr El hadj Abdoulaye Seck, en tant que Professeur des Universités et citoyen sénégalais d’une part et d’autre part Directeur de la Planification et des Etudes […], je me réjouis de l’orientation d’information et d’utilité citoyenne prise par votre Blog. Par conséquent, mes vives félicitations et mes sincères remerciements vont d’abord à votre personne et ensuite à tous vos lecteurs et contributeurs.»

Je vois que tu travailles à Amnesty, tu as donc j'imagine peu de temps libre, et faire un blog régulier c'est beaucoup de travail. Pourtant tu continues...Reçois-tu des encouragements, as-tu un projet professionnel qui serait issu de ce blog ?

Amnesty International Sénégal est un formidable mouvement dans lequel des militants se donnent à fond pour défendre la dignité des gens comme vous et moi. On y apprend l’endurance, la ténacité et surtout l’engagement au service de son prochain. Et comme je travaille dans cette Ong qui défend les droits humains, je ne risque pas, en principe, des mises à pied ou réprimandes dans l’expression de mes idées et points de vue. En débutant ce blog d’écriture, ma première interrogation était celle-là, où trouver le temps de faire des recherches et d’écrire quelque chose d’utile. En réalité et pour ne rien vous cacher, je réfléchis tout au long de la semaine, de façon très paresseuse, sur les sujets de blog. J’y consacre quelques par jour avec juste petites quelques notes, afin de m’accorder la liberté de choisir au dernier moment la thématique et l’angle d’écriture.  Tous mes articles sont rédigés le weekend et c’est ma femme qui les corrige en veillant à expurger du texte les mauvaises formulations, les excès de langage et les mots ou expressions plus ou moins mal écrits. Ma famille est donc mon premier cercle de soutien  J’aime souvent dire que je blogue les weekends et jours fériés sauf la Korité et la Tabaski parce que tal na lénéne loudoul wakh. J’essaie quand même d’honorer au mieux les rendez-vous que mes lecteurs et moi nous donnons chaque mardi, jour de publication sur wambedmi.com  Je réfléchis tout aussi paresseusement au projet professionnel autour du blog mais je ne pense pas qu’au stade où j’en suis, cela mérite qu’on en parle. Laissons pour le moment la fenêtre entrebâillée.  

Les illustrations graphiques sont de ton cru, les textes sont de qualité, tu as un vrai style...T’as-t-on déjà proposé de travailler pour des médias classiques ? 

Laissez moi d’abord savourer ces bonnes choses que vous venez de dire à l’endroit de Wa Mbedmi. En réalité, j’assure le service minimum comme dirait mon oncle Massamba. J’ai toujours pensé que par respect pour moi-même et pour celles et ceux qui me font l’amitié de lire mes articles, je dois faire l’effort d’écrire mes billets dans un langage accessible et compréhensible. Si par ailleurs, je peux arriver à ce que la lecture n’en soit pas ennuyante, c’est un bonus. Parlant de collaboration, il faut retenir que mon blog n’a pas une grande exposition pour attirer l’attention des médias et je suis plus connu du public (si je peux dire les choses comme çà) de par mon travail à Amnesty International Sénégal qu’en tant que blogueur. Il m’arrive cependant de faire quelques interviews avec des journalistes qui manifestent de l’intérêt pour les sujets débattus mais je n’ai pas à ce jour reçu de propositions. 

Tu écris entre autre sur le blogging, peux-tu résumer ta pensée sur le sujet pour le Sénégal, et peut être aussi plus généralement sur l'Afrique ? On a souvent l'impression que les bloggeurs font le travail des journalistes, qu'en penses-tu ?

Mon dernier billet sur le blogging était intitulé « Ce jour où l’on commencera à bloguer au Sénégal » et l’objectif était d’amener ceux et celles qui évoluent dans le milieu du blogging à prendre conscience de toutes les opportunités qu’offrent l’internet. La sphère du blogging constitue une niche d’emplois et d’opportunités et tous ces jeunes sénégalais et africains pétris de talents doivent pouvoir tirer leurs épingles du jeu. Il nous faut rapidement dépasser l’attitude de « ray temps » ou « d’amusement » noté jusque là dans l’utilisation du net et travailler à intéresser les pouvoirs publics et les investisseurs privés à ce que nous faisons. Nous devons surtout porter haut nos champions en ce domaine en devenant plus généreux vis-à-vis de ceux et celles qui ont osé, entrepris et réussi. La réussite collective n’est que la somme des réussites individuelles.  Nous devons également envisager le blogging comme un outil de promotion de la démocratie, de la libre expression et du partage de connaissance. Nous avons au Sénégal et en Afrique des taux d’alphabétisation anormalement bas té lolou dieumoul keur. Nous avons besoin de partager les connaissances que nous avons afin que nos sœurs et nos frères comprennent mieux la marche du monde ; nous avons besoin de partager les initiatives et les réussites pour montrer qu’il est possible d’entreprendre et de développer son business ; nous devons déconstruire ce système qui enferme et emprisonne la connaissance et le savoir entre les mains d’une élite qui en use et en abuse. J’avais publié une lettre ouverte adressée au Ministre de l’enseignement supérieur du Sénégal M. Mary Teuw Niane dans laquelle je suggérais la mise en place d’une plateforme de blogging pour les universités du Sénégal. Imaginez la masse d’informations et de connaissances qui existe au sein de nos universités, en partage entre les étudiants, les enseignants, les chercheurs et les citoyens sénégalais disponible sur une plateforme ouverte...

Le blogging est-il d'après toi bénévole par essence, cette gratuité est-elle le prix de la liberté d'expression ? 

Si par bénévole, je dois comprendre gratuité, je dirais que c’est une question d’approche, de vision et d’orientation. Ceux qui font de l’activité du blogging une source de revenues ont autant raison que ceux qui le font pour d’autres raisons parce qu’on recherche finalement toujours quelque chose. En tous les cas, bloguer est une activité prenante qui nécessite beaucoup d’investissements si on a l’ambition de se hisser ou se maintenir à un certain niveau. Ce débat me rappelle d’ailleurs un billet publié récemment par NK.  Je compare ce « prix de la liberté » à l’indépendance dans la magistrature ou au discours du Général français de Gaulle quand il disait « Aux porteurs de pancartes, je veux leur dire ceci : ils veulent l’indépendance, qu’ils la prennent… ». A mon sens, chaque blogueur est comptable de ce qu’il dit et de la manière dont il le dit. Si dans une collaboration, le blogueur se soumet aux lubies d’une marque, d’une institution ou d’une quelconque entité qui le rétribue pour le service, sans se soucier de l’intégrité de son travail, il en assume la responsabilité à son égard d’abord et à l’égard de ses lecteurs. J’ai le sentiment qu’au fil du temps, il y’a une relation de confiance qui s’établit entre le blogueur et ses lecteurs et c’est cet aspect que je considère comme essentiel dans l’activité du blogging. Nous n’existons que de par nos lecteurs et c’est cette relation que nous mettons à la disposition de nos collaborateurs. Si celle-ci disparait et n’est plus de qualité, on disparait ou alors, on ne sera plus de qualité.  

Quelles sont tes ambitions pour ce blog ? 

Wa Mbedmi dans sa déclaration de politique générale a annoncé à qui voulait et ne souhaitait pas l’entendre, qu’il ambitionnait d’être un des blogs les plus influents du Sénégal. Si c’est mon avis personnel qui vous intéresse, je vous dirais que mon ambition pour le blog est d’en faire un espace où ceux et celles qui se hasarderaient à venir, trouveraient quelque chose ou quelqu’un qui leur soit utile. Beuss bou lolou amé, niou santé ko Yallah.

 

Quel bloggeur sénégalais souhaiterais-tu recommander ?

ZeynaNjaay (@syseynabou)

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